Les pépinières de vigne

"Savez vous planter les choux ?… à la mode, à la mode…". Nous connaissons tous cette chanson enfantine…MAIS, savez vous planter la vigne ? (à la mode de Cheverny bien sûr !).
Champ (2ha) de plans greffés
cultivés enracinés
Les vendanges sont terminées et chacun connaît cette étape de la fabrication du vin, aussi La Grenouille s’est intéressée à la toute première étape de cette fabrication : la plantation.
Pour cela, elle a rencontré Roger (père) et Christian (fils) Bouché, installés à Cheverny et seuls pépiniéristes de vignes sur le territoire de nos deux communes.





La réglementation : pour garantir une bonne qualité, l’INAO (1), en France, a réglementé lors de sa création (1935) le rendement par hectare de chaque AOC. En effet, plus le rendement sera élevé, moins le vin sera concentré et inversement. 
Du fait de la mécanisation, les ceps de vignes se sont espacés pour laisser passer les engins motorisés ; le nombre de pieds/ha en 1935 variait de 7 000 à 12 000/ha. De nos jours, il oscille entre 4 000 à 7 500 pieds/ha, ce qui influence grandement la qualité finale du vin. Pour l’AOC Cheverny les pieds sont espacés de un mètre pour une largeur entre les rangs de 2,10 m pour la vigne haute (4 500 pieds/ ha) et de 1,00 m pour une largeur de 1,50 m pour les vignes basses (6 300 pieds/ha), soit en terme de rendement, respectivement 45 et 40 hectolitres/ha.
Cela représente donc un nombre très important de pieds (13 500 ou 18 500 pour 3 ha dans les deux exemples) et la mécanisation des différentes étapes de la plantation est vite apparue nécessaire. 

Les techniques : les racinés et le plant « greffé-soudé ». 
Il existe deux sortes de plants : 
  • les racinés, composés d’une seule variété, 
  • et les greffés-soudés qui comportent une variété greffon et une variété porte greffe réunies par une soudure. La majorité des plantations se font de nos jours avec des plants greffés-soudés, cette technique ayant été rendue nécessaire pour combattre et éviter les maladies parasitaires, notamment celle causée par le phylloxera, insecte importé vers 1860 en Europe avec des boutures de vignes américaines. 
L’unique solution efficace trouvée fut le greffage : 
  • 1) à la base de la plante (racine), une espèce américaine, ou un hybride d’une espèce américaine et d’une espèce européenne, ce porte-greffe présentant une résistance des racines au phylloxéra ainsi qu’aux maladies cryptogamiques (mildiou et oïdium). 
  • 2) hors sol, la partie greffée, c’est à dire un cépage traditionnel reconnu pour la qualité de son raisin et de son vin dont il est issu. Cette solution permit de reconstituer le vignoble et de reconsidérer les facteurs de qualité avec des porte-greffes bien adaptés à la nature du sol et à la situation géographique. 
Pour mémoire, c’est en avril 1882 que le conseil municipal de Cour-Cheverny autorisa l’introduction des cépages américains. 
Machine à greffer. 
Au premier plan, les portes greffes,
à l'arrière plan, les greffons
Il existe plusieurs techniques de greffe, mais la plus utilisée par les pépiniéristes est la greffe en omega, notamment parce qu’elle est mécanisable et rend possible la production à grande échelle pour un coût raisonnable . Les plants sont greffés sur table, puis cultivés en plein champs (racinés), ou sous serre dans des pots, pendant un an avant la plantation, mais dans des pots plus grands (1 litre) pendant 2 ans pour le remplacement des ceps morts ou en mauvais état dans les rangs déjà existants. La plantation se fait, elle, au printemps, de mars à juin. 



La plantation semi-automatique 
(approvisionnement manuel) de 

l'ensemble porte-greffe / greffon 

se met en place au laser : 

un plan par mètre

La Grenouille a pu assister en avril dernier à la plantation par l’entreprise Bouché de 1 ha de vigne – cépage Romorantin – chez François Cazin (Le Petit Chambord à Cheverny). Rendez-vous a été pris pour la première récolte dans 3 ans (la vigne donnera environ une demie récolte dans ce délai). 


Roger Bouché - Le greffon sur le porte-greffe
Pour être complet, voici l’histoire de la pépinière de vignes de Cheverny. Elle a été créée par Roger Bouché en 1963, alors âgé de 24 ans. Au début, l’entreprise ne plantait pas (c’était le viticulteur qui le faisait). La plantation a ensuite été proposée de 1985 à 1995 avec l’aide d’un sous-traitant, puis effectuée en direct avec l’acquisition d’une machine en 1995. La clientèle, essentiellement locale, est restée fidèle après la reprise de la branche viticole par Christian Bouché en 1995. Christian, lui, avait créé son entreprise de paysagiste en 1986, lui adjoignant, en 1988, l’activité de pépinière d’ornement (rosiers, arbustes d’ornement, fruitiers, arbres de différentes espèces). L’entreprise réunit donc aujourd’hui les 3 activités.

Pourquoi, cher lecteurs et lectrices, ne planteriez vous pas quelques pieds de vignes (plusieurs variétés de raisin de tables) dans votre jardin ? (La Grenouille l’a fait) ; c’est aussi une idée de cadeau originale ! 

Merci à Roger et Christian Bouché de nous avoir accueillis. 

Christian Bouché, Rue Colin - 41700 Cheverny
Tél. : 02 54 44 21 63 - Fax : 02 54 44 22 53 - Mobile : 06 08 48 73 07 


(1) Institut National de l’Origine et de la Qualité, anciennement Institut National des Appellations d’Origine.  

Le Héron - La Grenouille n° 13 - Octobre 2011